Sweet dreams

Sous les soupirs d'une bougie

Les ombres s'étendent, s'enlacent

Caresses sombres sur peau claire

Douceur qui se glisse dans l'air

Les secondes lentement passent

Et dans les ténèbres, elle sourit.


Ombres qui cascadent dans la nuit,

Taquines, mutines, allongées et embrassées

Comme de ces vers les rimes balbutiantes

Elles se lovent dans l'obscurité brûlante

De soupirs et de sourires dorés

A la lueur d'une flamme, il sourit.

Le sourire d'un coeur

Douceur...

Sa peau est si douce. Il se frotte doucement contre elle, sentant sa joue râpeuse d'une barbe de trois jours crisser contre la soie. Elle rit, ça la chatouille.

Il sourit et se laisse emplir de ce rire innocent. Il se dit qu'il n'y a pas plus belle mélodie au monde que ce simple rire. Aucun compositeur au monde, aucun musicien aussi doué soit-il ne saurait recomposer les notes éthérées qui modulent cette délicate et simple chanson qu'est son rire.

Il se rend compte que son coeur lui aussi sourit. Il ignorait cette sensation. C'est comme une vague de chaleur qui l'enveloppe de l'intérieur. Il se laisse emmitoufler par cette sensation ô combien agréable. Ses yeux se ferment dans un soupir de satisfaction.

L'impression d'être entier, pour la première fois de sa vie. Si chacun a un but sur cette planète durant sa vie, il vient de découvrir qu'il a accompli le sien. Peut-on dire que toute notre vie n'avait pour objectif que d'atteindre cet instant de plénitude, de paix total ? Il le pense en tout cas.

Il bascule doucement en arrière, l'attirant contre sa poitrine. Sa petite main continue de lui caresser distraitement le visage. Il sent son souffle chaud dans son cou, calme, régulier, métronome du bonheur.

Une main dans le dos, il la serre tendrement tandis que de l'autre il lui caresse les cheveux. Ils sont couchés dans le canapé du salon et le soleil parisien les réchauffe tous les deux.

Les grains de sable du temps s'allongent aux aussi, glissant de plus en plus lentement, savourant la quiétude de l'instant. Il est heureux, mais il aurait malgré tout un voeu à faire, un seul et unique souhait : que le temps se fige. Qu'il puisse profiter à jamais de sa chaleur, de son sourire et de son rire.

La respiration dans son cou se fait plus régulière, elle s'endort. Suave sensation qu'il savoure à plein coeur.

Il ne pensait pas aimer un jour comme ça. Cela lui ferait presque peur. Mais il écarte cette ombre noir aussi vite qu'elle est apparue. C'est maintenant qu'il faut profiter du moment, alors il laisse son propre souffle ralentir, devenir régulier et calme... Et sous ses paupières fermées, il s'endort à son tour.


C'est dans un sursaut qu'il se réveille. La nuit est tombée et le bruit de la ville nocturne a remplacé les soupirs de celle qu'il tenait dans ses bras.

Elle a disparu. Il la cherche pendant des secondes qui ont du mal à se remettre en branle, encore suspendues dans le sablier.
Et c'est à la lumière de la lune qu'il réalise.


Il ferme les yeux et se les frotte avec le dos des mains. Il se lève et ouvre la fenêtre, laissant le vent froid de la nuit s'engouffrer dans la pièce. Il s'assoit sur le rebord de la fenêtre et s'allume une cigarette. Il contemple Paris la belle, à demi endormie elle aussi, et le souffle régulier de la vie qui bat dans ses artères.


Il y a un trou dans son coeur, ce coeur qui ne sourit plus mais se rappelle. Qui se rappelle de la sensation qui l'a étreint pendant une illusion trop courte.


Un rêve... Un simple et foutu rêve...


Rien qu'un rêve. Et pourtant... Il lui manque quelque chose, il a perdu quelque chose. Il est idiot. Comment peut-on perdre ce que l'on n'a jamais eu ?

Il n'empêche qu'elle lui manque. Et tandis qu'il pose sa tête contre la chambranle de bois de la fenêtre, il se souvient de son dernier mot, échappé comme un dernier souffle d'entre ses petites lèvres endormies.


Papa...

Regard d'un soir

Nos yeux se sont croisés, l'espace d'un souffle, le temps d'un rien...
Et la trotteuse de la pendule s'est stoppée dans son élan mécanique. La respiration s'arrête, le pas se fige et les secondes se suspendent dans l'air du moment.


Nous nous regardons. Et dans ce minuscule laps de temps, tout revient... C'est comme un roulement de tonnerre qui résonne dans l'horizon et qui vient me frapper sans que je m'y attende. Je résonne, je vibre, le fracas fait trembler mes os.


Je ne m'y attendais pas... Pourtant nous nous connaissons si bien. J'aurais dû m'y attendre, tu ne penses pas ?


Le temps se débloque, tout doucement, comme lorsqu'on se sépare d'une amante après l'amour. A regret, la trotteuse cliquète et entre dans une nouvelle seconde.


J'entends le bruit de mes bottes foulant le carrelage. Le bruit sec de la semelle fait echo à ce temps qui reprend ses droits dans un claquement de fouet.


Nos regards se croisent et je me souviens du passé. De ces dernières paroles, de ces mots si durs...


Tu n'as pas voulu comprendre... Tu as fermé les yeux, ta conscience et ton instinct devenant rempart de ce que je t'avais annoncé ce soir là.

Je me suis faché. Tu t'es énervée. Je suis parti.


J'ai compris ta réaction... Je l'ai accepté. Ce n'est pas simple à entendre... J'espère depuis ce jour que tu as pu comprendre. Et là, dans cette infime seconde où nos yeux s'observent tandis que nous nous croisons, je sens que tu réalises. Peut-être est-ce du à ma tenue, que tu vois pour la première fois. Rouge et noir... Un véritable clin d'oeil à Stendhal...


Tandis que nous nous frôlons, tes dernières paroles me reviennent en mémoire.


« Non, je ne suis pas fier de ce que tu es... Ç a me terrifie même... »


Tu as un sourire triste, tu baisses les yeux et tu continues ton chemin.
Je continue le mien, sans chercher à t'arrêter.

La trotteuse reprends ses droits et son chemin, elle aussi. Tous les trois, nous avançons.


Mes bottes résonnent sur le carrelage, en résonnance avec tes talons qui s'éloignent.


Tu m'as vu tel que je suis, tu as vu ce que je suis devenu. Je sais que tu as toujours peur, je sais que tu es toujours fachée.


Mais dans ce demi-sourire teintée de tristesse, je l'ai vu poindre. Un bourgeon, encore minuscule et timide mais qui est la promesse d'une floraison future...

Oui maman, je l'ai vu et je l'ai senti, ce début de fierté.
Ton fils est pompier. Et ça te terrifie.

Mais ce soir, me voyant en uniforme, tu as commencé à réaliser. Et la fierté de mère s'est éveillée pour accompagner cette peur qui te tenaille le soir.


Et ça, c'était la plus belle seconde de ma vie.



Icy
16/09/2007
A Christian et sa maman

Liberté

Ambiance musicale


Le soleil brille haut dans le ciel sans nuages. La chaleur est écrasante et une brise peine à sêcher la sueur sur ton visage.

Un froissement d'ailes au loin, un corbeau s'envole dans l'air suffocant avec un croassement moqueur pour toi et tes semblables. Tu l'ignores et tu regardes le paysage. Les champs à perte de vue sont comme des nuages sur terre, tombés du ciel limpide qui s'en serait débarassé comme on retire une pelisse de laine quand il fait trop chaud...

Quelque part, à droite ou à gauche, tu ne peux le deviner, un marmonnement s'élève. Râle, soupir ? Le marmonnement se module et tu reconnais bientôt une mélodie... Un autre marmonnement s'élève bientôt, suivi par plusieurs autres, dont le tien. Sans t'en rendre compte, tu entonnes la mélopée, les lèvres serrées mais le coeur ouvert, les dents serrés mais l'âme ouverte au vent d'été. Le soleil t'écrase, la vie t'écrase, mais tu t'envoles tout de même.

Une femme chantonne désormais...

C'est un vent de sonorités qui souffle sur les nuages blancs dans lesquels toi et tes frères vous trouvez... Il caresse vos rêves, les enlace et les protège. C'est un écrin de soie qui se file autour de vos pensées jumelles...

Tu hoches la tête au rythme de la mélodie, tu fermes les yeux face au soleil qui t'éblouit... Et tu te laisses aller à rêver...


S'envoler sur les notes, comme le corbeau au noir croassement, quitter les nuages de la terre pour partir à la recherche des nuages du ciel, cachés derrière cet écran bleu... Ne plus être enfermé sur cette terre de chaînes et de sang, de larmes et de sueur. Avoir un nom. Etre.


Mais un claquement de fouet te cingle le dos et te fait rouvrir les yeux. Tu baisses le regard sans croiser celui du blanc sur son cheval. La mélopée s'est tue, elle reprendra à son départ, comme toujours et pour toujours.

Tu es noir, comme le corbeau.
Mais tes ailes ont été rognées.
Tu es noir en Alabama. Nous sommes en 1845.

Tu ne t'envolera pas. Tu mourras dans les nuages blancs de la terre, dans les champs de coton.


Pas de liberté. Juste de l'espoir.



Icy - 07/2007

Dhanyavad Sangee

Rêves...

C'est l'histoire d'un petit garçon rêveur... Et comme tous les rêveurs, il était toujours en train de se promener dans son imagination. C'est grand une imagination, on peut même dire que ça n'a aucune limite. Comme un grand champ qui s'étend à perte de vue. Un champ au blé doré où les épis dansent à l'unisson sous une brise chaude et un soleil cajoleur. Et derrière chaque épi, un rêve, un monde, une aventure.


Il adorait se promener dans ce champ ce petit garçon. Il lui suffisait de fermer les yeux et il se retrouvait à courir à travers les épis, riant, vivant. Parfois, il n'avait même pas besoin de fermer les yeux, il lui suffisait de regarder le monde gris et de le décorer à sa manière. La vendeuse de glace sur la plage devenait une princesse sans royaume qu'il fallait secourir, le policier en train de verbaliser se paraît d'une armure et faisait des moulinets avec son épée-parcmètre et la vieille dame qui promenait son teckel se transformait en sorcière tenant un cerbère en laisse...
Et lui, ce petit garçon... Aaaah, lui, il devenait beaucoup de choses. Un héros qui secourait la veuve et l'orphelin, un ange qui pleurait sa famille ou encore un être différent des autres, en marge, mais qui avait une connaissance du monde autre que les gens normaux.


Il adorait rêver ce petit garçon, du soir au matin et de l'aube au crépuscule. Mais un jour, il a eu peur. C'est beaux les rêves, ce sont des étoiles dans des yeux de gosse. Mais ce n'est pas la réalité. Et à toujours se laisser emporter par la vague dorée de ses rêves, la peur l'a étreint. Ils étaient si doux ses rêves... Pourrait-il toujours en revenir ? Ne serait-ce pas trop tentant de fuir ce monde morne et triste pour courir à tout jamais parmi les caresses du blé ?


Alors il s'est assis, à cheval entre le trottoir et le champ doré, et il a réfléchit. Il devait choisir ! Le monde gris mais réel, ou bien le monde chatoyant mais imaginaire ? Dilemme... Aucune des deux solutions ne lui paraissait être la bonne. Choisir entre le noir ou le blanc n'est pas simple, surtout pour un petit garçon. Ce sont les grandes personnes qui prennent des décisions. Les petits garçons, ça n'a pas l'âge de s'occuper de ça.

Pourtant il savait qu'il devait en prendre une lui. C'est beaux les rêves, mais y vivre c'est dangereux. Le passage entre les deux mondes était comme un long corridor et il devenait de plus en plus difficile de laisser la porte ouverte entre les deux, pour pouvoir toujours revenir du monde imaginaire jusque dans le monde réel.


Alors il fallait grandir. Et choisir. Choisir, c'est être une grande personne. Et on ne peut pas toujours rester un petit garçon, n'est-ce pas ?


Mais alors, le petit garçon se posa une question : qui avait décidé ça ? Etait-ce un adulte qui avait décidé qu'un petit garçon ne pouvait pas le rester éternellement ? Etait-ce une grande personne qui avait décrété que le champ de blé et le monde réel ne pouvait pas coexister ?


Le petit garçon prit le temps de la réflexion. On ne réfléchit pas à des questions comme ça à la va-vite, non non ! Même un petit garçon sait ça ! Alors, toujours assis à cheval entre ses mondes, il regarda alternativement l'un et l'autre. Et il se dit que ce serait idiot de séparer les deux.


Il décida donc de se lever et demanda à un ange qui passait par là – dans le champ de blé évidemment, les anges n'apparaissent pas comme ça dans le monde réel, tout le monde sait ça – de lui prêter une plume. L'ange, gentiment, retira délicatement une plume de ses ailes et la tendit au petit garçon qui la prit avec un sourire de remerciement.


Et alors avec sa petite plume, il commença à dessiner ses rêves dans le monde réel. Il forma des mots qui explosait comme des bulles de savon en donnant vie à ses rêves. Et la première chose qu'il fit, et qu'il garda pour lui pendant longtemps, ce fut de faire disparaître la porte entre les deux mondes en la raturant et en dessinant entre les deux un escalator, pour passer encore plus vite de l'un à l'autre !


Le petit garçon avait décidé que ses rêves surgiraient dans le monde réel, non ! Que ses rêves seraient le monde réel ! Il suffisait de prendre soin de bien les écrire et ils prenaient vie. Oui, tout ça, c'était dans son imagination bien sûr, il le savait ! Mais son imagination, c'était le monde, il n'y avait plus aucune frontière entre les deux... C'était comme si son champ de blé, celui qui s'étendait à perte de vue, avait encore grandi un peu plus et s'était propagé dans le vrai monde gris, mélangeant ses couleurs à celles de tous les jours.



Et pour se souvenir de cette décision, le petit garçon entreprit de faire un dessin sur lui même, pour toujours se rappeller que les rêves, ça fait tourner le monde si on sait bien s'y prendre. Tout du moins son monde à lui, et le monde des quelques personnes qui se laissent emporter dans le flot de gerbes de blé.


Le petit garçon a bien grandi depuis. Mais il se souvient quand il se caresse la nuque, de sa promesse de toujours continuer à rêver. Un peu comme Peter Pan qui refuse de grandir, lui, il refuse de stopper ses rêves.




Yume : Le rêve

Vent nocturne


La pluie caracole de feuille en feuille, rebondit sur le bois humide et joue sur les arbres comme s'ils étaient les lamelles d'un carillon végétal. Les gouttes rebondissent, glissent, sonnent et chantent sur l'instrument vert.


Même de là où elle est, elle peut entendre la mélopée qui se joue sous ses pieds, loin en contrebas. Ici, entre les gargouilles, les jambes dans le vide, elle se balance doucement au rythme des notes aqueuses. Les visages des monstres de pierre qui l'encadrent l'ignore superbement, fixant contemplativement l'horizon parisien de leur regard pétrifié.


Elle est seule, elle a l'habitude... Elle et ses pensées, elle et ses idées noires...


Ses bottines de cuirs tapent contre la pierre froide sur laquelle elle est assise, écho aux gouttes de pluie qui frappent les feuilles. Elle est trempée, la pluie dégouline sur son visage. Pas de larmes, juste de la pluie. Rien que de la pluie. Sous elle s'étend le parvis de Notre-Dame, plusieurs dizaines de mètres en contre-bas. Il est tard, le parvis est vide. Il n'y a qu'elle. Elle et les silencieuses gargouilles. Elle pose les yeux sur le monstre qui est à sa droite et lui pose une main sur le haut du crâne, comme si elle caressait un gentil toutou. La pluie lui coule le long de l'échine, mais la gargouille ne s'en émeut pas, imperturbable.


- Vous devez être bien seuls ici, toi et tes potes...


La gargouille semble vouloir garder sa réponse pour elle et ne lâche pas un mot. Pas même un petit grognement, rien.

Elle soupire et repose son regard sur le vide qui la sépare du sol. Ce serait si simple. Une petite pichenette et finies les emmerdes. Les problèmes de coeur, de loyer, d'avenir... les problèmes de vie. Il suffirait d'une infime pichenette et elle glisserait le long de la pierre et s'envolerait. Peut-être qu'elle pourrait voler comme un oiseau, étendre les bras et laisse le vent l'emporter ? Loin, loin, loin de tout ça...


- Trop facile, non ?


Elle tourne la tête vivement, le coeur manquant un battement. Derrière elle, un homme la regarde, les yeux aussi fixes que les gargouilles. Il porte un imperméable de cuir noir sur lequel tombent de longs cheveux blancs. Il a les yeux clairs, si clairs qu'elle n'arrive à définir leur couleur. Elle fronce les sourcils face à l'intrus.


- De quoi ?

- Une petite pichenette... Ce serait trop facile, non ?


Il s'avance et d'un léger saut, grimpe sur le muret et s'assoit à coté d'elle. Elle regarde son profil, sa peau d'albatre qui, avec ses cheveux blancs, jurent sur le noir de sa tenue. Il regarde en bas et siffle.


- Sacrée hauteur... Crise cardiaque.
- Quoi crise cardiaque ?

- Vous feriez une crise cardiaque avant de toucher le sol... Avouez que ce serait idiot de sauter d'ici et de finalement mourir d'une crise cardiaque.
- Qu'est ce qui vous fait croire que je veux sauter ?


Il a alors un petit rire, un rire étrange, léger et fragile comme du verre. Cristallin, pense-t-elle, sans s'expliquer ce qu'elle entend par là.


- Vous voulez sauter mademoiselle... Les soucis de la vie je présume...
- Non, je...

- Un petit ami qui vous traite mal...
- Que...
- Un boulot de merde...
- Dis donc...
- Des factures et des crédits qui s'entassent...
- Vous me suivez ? Espèce de sale...
- T-t-t-t, pas de grossièretés. Non, je ne vous suis pas. Enfin, pas au sens où vous l'entendez.
- Alors comment vous savez tout ça ?
- De quoi donc ?
- Faites pas l'innocent... Ma vie, mes emmerdes... ça...


Elle tend la main vers le vide dans un geste explicite.


- Et puis... Vous avez parlé de « pichenette » ? Comment vous saviez que je pensais à ça ?

- Vous êtes plus maline que vous n'en avez l'air...
- Hey, m'insulte pas espèce de...
- Vous avez besoin d'aide, la coupe-t-il.


Elle referme la bouche dans un claquement sec et sonore et le regarde avec des yeux soupçonneux.


- Personne ne m'a jamais aidé... j'ai besoin de personne.

- Faux, faux, faux... vous avez besoin d'aide... Ne serait-ce que pour vous rappeller que tout n'est pas aussi noir que ce vous semblez croire.
- J'ai pas besoin d'aide ! Qu'est ce que vous venez foutre ici, à m'emmerder avec vos salades ?
- Je viens vous rafraichir la mémoire...
- J'ai pas besoin qu'on me la rafraichisse, j'me souviens très bien de toutes les saloperies que j'ai sur le dos !
- Ah ça, je n'en doute pas un seul instant...


Il contemple à son tour le vide, balançant ses jambes comme un gamin sur une chaise trop grande pour lui.


- Mais... voyez-vous... vous ne vous souvenez que des saloperies justement...

- Parce que j'ai que ça... C'est tout ce qui fait ma vie, vous pigez ? Saloperie sur saloperie, malchance sur malchance... Alors foutez-moi la paix avec vos conneries !
- Vous ne voulez pas d'aide alors ?
- NON ! Hurle-t-elle en se mettant debout sur le muret. J'ai pas besoin d'aide ! Personne n'est là pour m'aider, j'en ai pas besoin !


L'homme soupire et hausse les épaules :


- On n'aide pas les gens malgré eux...


Il se lève alors à son tour et d'un leger coup de la main, la pousse dans le vide.

Elle n'a pas le temps d'articuler un mot que le vide la happe déjà. Un hurlement commence à naitre dans sa gorge tandis qu'elle voit le muret et les gargouilles s'éloigner. Entre les deux monstres de pierre, il la regarde, goguenard, et dit contre le vent et la pluie :


- Alors ? Personne pour vous aider ? Personne dans votre vie hein ?


Et comme on le dit souvent dans ces cas là, sa vie se met à défiler devant ses yeux tandis qu'elle hurle et qu'elle se rapproche du mortel parvis. Des flashs d'images lui strient les yeux, prenant la place de cet homme moqueur qui la regarde mourir.


Une main tendue. La chaleur au creux de sa paume. Elle ouvre la main et n'y cueille que la pluie.
Un sourire. Sa mère. L'image disparaît et est remplacée par le sourire monstrueux des gargouilles.

Des bras qui l'enlacent, qui la serrent contre elle. Et puis c'est le vent qui s'empare d'elle.
Un goût de bonheur sur ces lèvres, un baiser oublié. Lui. Et c'est un hurlement qui caresse alors ses lèvres.
Des mots doux, des je t'aime, des appelle moi, des ne m'oublie pas, susurrés à l'oreille. Et elle l'entend, ce type, en train de hurler :


- ALORS ? Personne pour vous aider ? Vous en êtes certaine ? Jamais personne ? Vous n'avez pas besoin d'aide ?


Et elle comprends qu'elle va mourir, ici, comme une conne. Seule. Parce que ses bras étaient tordus au lieu d'être tendus. Elle comprends qu'elle va crever alors qu'il y a encore des gens pour elle. Qu'elle n'est pas seule. Elle comprends. Mais elle comprends trop tard. Elle hurle alors :


- J'ai besoin d'aide !


Elle voit alors avec stupeur l'homme se pencher en avant et se jeter dans le vide. La demi-seconde suivante, elle sent quelque chose qui la porte et qui la tire vers le haut. Elle n'a pas le temps de comprendre ce qui se passe qu'elle se retrouve en compagnie des gargouilles, en sûreté de l'autre coté du muret. Le coeur sur le point d'exploser, le visage envahi de larmes, elle regarde autour d'elle.


Mais personne. Elle est seule. Elle en vient même à se demande si elle ne vient pas de rêver. Mais ses jambes tremblantes et son coeur au bord de l'arrêt lui prouvent le contraire. La pluie s'est soudainement arrêté. Elle regarde les cieux et voit une plume blanche qui descend, doucement ballotée par le vent. Elle l'attrape en plein vol.


- Chaude...


Elle sent la chaleur qui irradie de la plume envahir sa main, tandis qu'en elle, des mots résonnent et font s'écouler de nouvelles larmes sur son visage.


Alors, allez les trouver. Ceux qui peuvent vous aider. Ceux qui font que vous n'êtes pas seule. Et n'oubliez pas : on n'aide pas les gens malgré eux.

Bien-être

Enveloppe veloutée d'un vent d'été

Douce sensation de sérénité

Qui étreint les rides de la vie

Et caresse les ires de mon lit.


Elle glisse, sensuelle, sur le satin

D'une peau peuplée de pluie

Elle s'étend sur le temps, s'évanouit

Dans la torpeur de la brume du matin.


Larme évaporée, ton sillon creusé

Cicatrice sur la soie enlacée

Est recouverte d'un voile délicat,

Chaud alors que soufflent les frimas.

"D"

D.licat à D.lier cet imbroglio de D.tails qui tentent de D.truire les sourires...
D.létères ces souvenirs qui D.clinent les ombres du D.dale...
D.jà le matin, à peine le soir passé, D.ride toi et D.joue
Ces D.mons d'hier qui t'empêchent de D.couvrir les anges de demain.

Le gamin de Paris


Il est tard. Le soleil a depuis longtemps tiré sa révérence quotidienne pour céder la scène à sa tendre comparse qui s'est empressé de glisser un voile d'obscurité sur Paris. Pour ceux qui connaissent la grande dame qu'est Paris, nul besoin du soleil pour retrouver son chemin. Mais Lisa n'est pas une habituée de Paris, et même avec la lumière artificielle des lampadaires elle a perdu son chemin.

Cela fait une bonne heure qu'elle tourne en rond dans les ruelles du centre de Paris, sans parvenir à retrouver son hôtel. Lisa est têtue et insiste : elle trouvera sa route. Elle ne sera ni une provinciale perdue dans Paris, ni une touriste égarée. Alors Lisa continue d'avancer, de tourner, de faire demi-tour et de tournevirer. Et elle s'enfonce de plus en plus dans Paris, sans parvenir à trouver la bonne direction.

Elle finit par arriver aux alentours de Chatelets, près de l'Eglise Sainte-Eustache.

Il est tard, si tard que la nuit a invité son amie la Lune pour lui tenir compagnie lors de sa veillée. Les deux comparses discutent tranquillement dans les cieux tandis que Lisa erre. Elle traverse le parvis, désert, sans âme qui vive avec pour seuls compagnons l'échos de ses pas lorsqu'une voix rompt le silence :


- Perdue m'dame ?


Lisa s'arrête et tourne la tête dans tous les sens pour trouver la voix fluette qui l'a interpellée. Mais elle ne voit personne, pas un brin de mouvement ou de vie.


- Ici ! Précise la voix fluette.


Sur le parvis, une immense tête et une main de pierre trônent. C'est du creux de cette main que jaillit une bouille d'enfant à demi-souriante.


- C'est rare de voir des gens dans le coin à cette heure-ci...
- Ah... euh... bonsoir... hésite Lisa.


Elle se sent un peu idiote face à cet enfant, perdue qu'elle est comme une gamine dans un centre commercial. Puis elle réalise qu'un enfant seul, en plein milieu de la nuit, ne devrait pas se trouver ici.


- Que fais-tu ici aussi tard ?

- Tard, tard... La nuit fait que commencer m'dame !


Il saute depuis la main et atterrit souplement, comme un chaton, près d'elle. Elle le regarde de haut en bas. Il semble tout droit sorti d'un autre siècle : casquette feutrée posée nonchalemment sur la tête, une petite chemise à manches courtes rentrée dans une sorte de short datant, au moins dans le style, de l'avant-guerre et tenu par une paire de bretelles. Il a un sourire canaille tandis qu'il la regarde lui aussi de haut en bas. Il doit avoir aux environs des dix ans, à peine plus.


- Z'êtes pas d'ici, hein ?

- Euh... non... en effet.
- Ça s'voit ! Perdue hein ?
- Ça aussi ça se voit ?
- Comme le tarin au milieu de la trogne !
- Je suis peut être perdue mais ça ne m'explique pas ce qu'un gamin comme toi fait ici à cette heure-ci.


Il part d'un rire franc et sincère. Lisa ne peut s'empêcher de sourire elle aussi. Le rire du gamin a quelque chose de communicatif, mais il a aussi quelque chose d'étrange, une impression en filigrane. Elle a beau chercher cependant, elle ne peut mettre le doigt dessus...


- Je ne suis pas un gamin comme les autres m'dame !

- Ah oui ? Voyez-vous ça...
- Ouais ! Chuis un gamin de Paris moi ! Un vrai de vrai !
- Et que fait un gamin de Paris, un vrai de vrai, dehors aussi tard ?


Le gosse la regarde, sans sourire, droit dans les yeux. Puis il penche la tête et regarde la Lune.


- J'pense qu'il rêve m'dame...


Lisa est décontenancée par cette réponse... Elle scrute attentivement l'ombre de tristesse qui vient de passer sur les yeux de l'enfant, une ombre si vieille, si agée, qu'elle ne devrait pas se glisser dans le regard d'un gamin de dix ans. Et pourtant elle est là, voile bien trop ancien pour la candeur de ce visage barbouillé. Lisa sent une boule se former dans sa gorge.


- Et à quoi rêve-t-il ce petit garçon ?


Sans détourner le regard de la Lune, l'enfant lui répond :


- Il rêve, il se souvient, il rêve qu'il se souvient... Ou bien il se souvient qu'il rêve...


Il secoue la tête et retrouve son sourire canaille.


- Vous alliez où m'dame ?

- A... A mon hôtel. Près de la rue Rambuteau, il est rue Saint Martin je crois... Je pense que je ne suis pas loin mais je... bon, je suis un peu perdue.
- Héhéhé ! Pas de problème, j'vais vous aider !


Il court vers elle et lui prends la main pour la tirer en avant.


- Allez, en avant ma grande !


Il l'emmène, la tire en riant et la rapproche de son but. En chemin, Lisa lui demande :


- Et quels sont les rêves, ou les souvenirs, d'un gamin de Paris ?

- Y'a de tout, répond il du tac au tac. Des rires, des larmes, du chapardages, des bagarres...
- Tu es un vrai p'tit démon dis moi...
- Et y'a aussi des coups de feu, continue-t-il comme s'il ne l'avait pas entendu, des soldats, des barricades et des morts. Des camarades. Des cartouchières trop tentantes. Puis du sang. Trop de sang.
- Petit... De quoi parles-tu ?
- Je vous l'ai dit, non ? Des rêves, des souvenirs, un peu des deux.
- Que...

Elle n'a pas le loisir de continuer sa question que le gamin s'arrête de courir et de la tirer.


- Et voilà m'dame. Prochaine rue à droite et vous serez à votre hôtel. Moi j'peux pas aller plus loin.

- Pourquoi ne peux-tu pas aller plus loin ? Et puis, où vas-tu aller ? Je préférerai te ramener chez tes parents...


Pour seul réponse, il lui lance un sourire canaille et pointe le doigt derrière elle. Lisa se retourne et voit un de ces petits panneaux noirs et rouges qui relatent l'Histoire de Paris en divers endroits de la capitale. Elle se retourne vers le gamin et dit :


- Et bien quoi ? Que veux-tu...


Mais sa question s'évanouit sur ses lèvres, puisqu'il n'y a plus personne pour y répondre, ni même pour l'entendre. Le petit gamin de Paris a disparu, comme un coup de vent, comme un clin d'oeil chapardeur.


- Petit ? appelle-t-elle.


Mais elle n'a pour réponse que le doux murmure d'un vent nocturne. Elle se retourne, regarde autour d'elle. Personne. Son regard s'arrête sur le pannonceau rouge et noir. Elle s'approche pour le lire :


« Ici se trouvait la Rue de la Chanverrerie ou, comme l'appellait Victor Hugo, la Rue de la Chanvrerie, qui a été absorbée par la Rue Rambuteau. C'est dans cette rue, probablemement à l'endroit où vous vous trouvez, qu'aurait été tué le petit Gavroche, héros du célèbre roman de Victor Hugo Les Misérables. Le petit gamin de Paris aurait trouvé la mort en tentant de ramasser des cartouchières pour ses camarades insurgés sur les Barricades en 1831. »


Lisa regarde le panneau sans plus le voir. Elle se souvient alors de ce qu'elle a entendu lorsqu'elle marchait sur le parvis de Saint-Eustache : l'écho de ses propres pas qui résonnait haut et fort. Mais lorsque le gamin a ri à gorge déployé, au même endroit, quelque chose l'avait dérangé.

Il n'y avait pas d'écho.


Elle se tourne vers l'obscurité de Paris. Et un murmure se glisse entre ses lèvres, honteux et incrédule, chuchoté et à peine avoué...


- Gavroche...


Joie est mon caractère,
C'est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C'est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à...


Persona non grata

Un personnage, qu'est-ce ?

Celui que l'on créé, que l'on façonne comme Dieu aurait créé l'homme. Et comme Dieu qui aurait créé l'Homme à son image, celui qui créé un personnage y met une partie de lui, plus ou moins importante.


Il y a aussi le personnage qu'on incarne, celui qui est joué par les acteurs, au cinéma comme au théâtre. C'est l'inverse qui se produit alors, on fait soi un être différent de nous. Pourtant, cette part de nous-même va quelque peu déteindre sur le personnage, plus ou moins en profondeur selon le talent d'acteur...

Mais le personnage, lui, qu'est-il réellement ? Quelle est la part de lui qui va s'emparer de nous, que ce soit celui que l'on imagine ou celui qu'on incarne ? N'est-il qu'un simple masque, puisqu'il tire son nom des persona, masques que portaient les acteurs dans l'Antiquité ? N'est-il donc qu'un costume que l'on enfile le temps d'une représentation ?

Peut-être est-il bien plus que ça, un être qui échappe à son créateur tout comme l'Homme aurait échappé à Dieu. Qui contrôle le personnage ? L'acteur ? A quel point-il est maître de cette enveloppe non pas charnelle mais imaginaire qui le drape, jusqu'où un écrivain est-il maître de la destinée de ses personnages ? Ne serait-ce pas les personnages qui prendraient en main leur vie, leur histoire, leur aventure, et le narrateur ne serait-il pas qu'un témoin chargé de recueillir ses pérégrinations et d'en tenir les annales ? Ai-je donc la certitude que la vie du héros coule de ma plume et non que ma plume coule de la vie du héros ?


Et s'ils étaient libre, ces personnages, s'ils se rebellaient, pourrais-je les empêcher de s'en prendre à leur Dieu, cet auteur malhabile qui n'a qu'une maigre plume défraichie pour se défendre ? Oh, je doute, je crains... Je ne peux être certain de leur pouvoir. Il pourrait bien être plus grand que le mien. Et moi qui les ai maltraité, leur ai fait vivre mille malheurs, succomber à mille douleurw et verser mille larmes, que ferais-je s'il leur venait l'idée de se venger de ce tyran cruel qui dans une mégalomanie galopante croit avoir tout contrôle sur eux ?

Et si...
Et si l'Argan de Molière était un exemple de cette rebellion ? Ne dit-il pas, ce malade imagine, que si ce Molière qui se joue des medecins tombait un jour malade, il le « laisserai mourir sans recours ». Notre Jean-Baptiste a peut-être bel et bien été victime de cet habit d'Argan qu'il endossa lors de sa dernière représentation... Incarnant cet hypocondriaque, qui a prononcé ces tristes mots « Crève, crève, cela t'apprendra une autre fois à te jouer de la Faculté » ? Est-ce Molière, acteur ? Ou bien Argan, personnage, qui aurait parlé de sa propre voix ? Serait-ce alors pour cette dernière raison que le maître du théâtre disparut alors, quelques heures après cette réplique, mourant quasiment sur les planches lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire ?


Est-ce réellement la tuberculose qui a emporté Molière ? Ou est-ce là le fait d'un hypocondriaque qui, ulcéré qu'on se moque des médecins, mit fin aux jours de celui qui s'incarnait en lui pour mieux les ridiculiser ?

A toi personnage, es-tu coupable de ce déicide ?

Et si coupable tu es, que dois-je craindre de ceux à qui j'ai donné le paradis pour mieux leur faire goûter l'enfer ?

Epitaphe pour un épigramme...

[Atelier d'écriture] - Sujet : Vous lisez un épitaphe "Ce sera pire si j'attends la nuit, il faut que je m'enterre aujourd'hui". Une vieille dame qui jardine sur la tombe d'à coté vous explique le pourquoi de cette étrange phrase.


"Ce sera pire si j'attends la nuit, il faut que je m'enterre aujourd'hui".

- Drôle d'épitaphe n'est-ce pas ?

Le jeune homme se tourna vers la voix sereine, bien que légèrement chevrottante, qui l'avait interpellé. Une vieille dame se relevait péniblement en s'appuyant sans ménagement sur la pierre tombale d'où elle arrachait les mauvaises herbes.

- Pardon ?
- Je disais : drôle d'épitaphe, n'est-ce pas ? confirma-t-elle en époussetant ses jupons noirs. Vous le connaissiez ? demanda-t-elle dans un sourire.
- Ah ! Non, non... J'aime simplement me promener à la recherche de quelques épitaphes qui sortent de l'ordinaire. Vous savez, du genre "Sa dernière blague était à mourir de rire" ou bien "Ici, les huissiers ne viendront pas me chercher"...
- Hahaha ! Je vois... Et que pensez-vous de celle-ci ?
- Je dois vous avouer qu'elle me laisse quelque peu perplexe.
- Vous voudriez connaitre l'explication ? demanda-t-elle en réarrangeant les bouquets de la tombe d'à côté.
- Vous la connaissez ?
- Disons que oui... Monsieur Une était une connaissance, ce charmant Luc était quelque peu excentrique mais c'était un amour... Nous avions beaucoup de mal à nous voir de son vivant, nos emplois du temps respectifs ne concordaient que très rarement, il travaillait de nuit et moi de jour. Pour être tout à fait franche jeune homme, nous avions le béguin l'un pour l'autre...

Le jeune homme surprit une fugace trace rouge sur les joues de la vieille dame.

- Mais nous passions notre temps à nous courir après, manquant l'autre de peu à chacun de nos rendez-vous. C'était très frustrant, nous ne parvenions que trop rarement à nous retrouver au même endroit en même temps. Et là encore, c'était pour de trop courts moments et nous devions nous quitter la mort dans l'âme. Imaginez la tristesse de deux coeurs qu'on sépare. Un jour, excédé par un énième rendez-vous manqué, Luc décida de démissionner, ne voulant plus travailler de nuit, ne plus me manquer...
- D'accord... Je comprends la première partie... Mais la seconde ? Pourquoi devait-il s'enterrer ?

La vieille dame eut un rire chaleureux.

- Il travaillait dans les cieux jeune homme, tout comme moi à l'époque, la pauvre vieille Madame Oleil que vous avez devant vous... Et dans notre métier, quand vous quittez les cieux, il faut disparaitre et se réfugier en terre !

Quelque peu surpris par cette déclaration, le jeune homme quitta la vieille dame des yeux et se concentra à nouveau sur la tombe, l'esprit tentant vainement de comprendre le sens caché de cette phrase. Il remarqua que l'épitaphe était surmonté d'un cercle et d'un croissant entremêlés. Sous l'épitaphe, il pouvait lire le nom : L. Une. Sans quitter la tombe du regard, le jeune homme dit dans un sourire :

- C'est amusant... Ecrit comme ça, on dirait la tombe de la Lune !

Après quelques instants de réflexion, il dit en se tournant vers la vieille dame :

- Mais dites-moi, quel métiez faisiez-vous donc ?

Sa question se perdit dans le vent automnal, la vieille dame n'était plus là. Etonné, il regarda autour de lui, sans voir personne. Il tourna autour de la tombe dont s'occupait la vieille dame et finit, ne sachant pas quoi faire d'autre, par lire la stèle. Sous un dessin, un cercle et un croissant entremêlés, on pouvait lire :

"Les cieux sans toi ne brillent plus du même éclat. Il faut que je m'enterre à tes cotés."
S. Oleil

Les rouages s'imbriquèrent les uns dans les autres, dans un éclair de compréhension qui ne fit qu'obscurcir les choses en mettant en lumière l'impossibilité de la chose. Le jeune homme comprit que le cercle et le croissant étaient un Soleil et une Lune, enfin réunis après tant d'années et de trop rares éclipses...

Le prix du sang...

Le prix du sang



Kazelina. J’aime mon prénom. Lorsque j’étais enfant, mes parents aimaient à me rappeler la signification de ce patronyme : la fille du vent. Ils disaient que je le portais bien. Toujours en train de courir partout, laissant mes pieds fouler l’herbe des prairies d’Ashenvale où nous vivions, mes parents, ma petite sœur et moi, grimper aux arbres millénaires qui me laissaient jouer parmi leur cœur feuillu. Une vraie petite brise.


Notre maison se trouvait à quelques lieues d’Astranaar, lovée entre trois chênes protecteurs qui semblaient enlacer notre vie. A l’abri des maux du monde, nous étions en paix. La Grande Guerre était terminée depuis bien avant ma naissance, et je ne connaissais le Mal que par sa présence dans mes leçons d’histoire. Elfes de la nuit, protecteurs et protégés de la Nature, nous n’avions aucune raison de nous attendre à ce qui est arrivé ce jour maudit entre tous. La paix régnait depuis si longtemps sur notre monde…


Pour la première fois de ma vie, j’avais été séparé de ma famille pendant plusieurs jours, le temps de me rendre dans notre capitale, Darnassus, pour y passer mon Sh’olan, littéralement « mon premier pas ». J’étais arrivé à la majorité pour notre race, je devais donc choisir une voie, mon orientation future… Serais-je une druide formée à Teldrassil, une prêtresse dédiée à guérir autrui ou bien une guerrière protectrice ? Cette rencontre avec les différentes institutions de la capitale avait pour but de m’apprendre les différentes perspectives qui s’offraient aux jeunes de notre race.


Mais rien n’aurait pu me préparer à la voie que je devrais prendre lors de mon retour chez moi. La tête pleine de rêves futurs, aussi insensés que peuvent l’être ceux des enfants, j’arrivais en vue de notre « chez-nous », notre havre au sein de la forêt. Souriante, je m’attendais à voir ma petite sœur, Kyli’ana, bondir du seuil pour courir à ma rencontre. Mais elle n’était pas là. Et bien que la nuit tombât et que le froid nocturne commençait à poindre, je ne voyais aucune fumée sortir de la cheminée dans le jour déclinant…


Mon cœur commença à battre un peu plus vite. J’accélérais le pas. Mes yeux se plissèrent dans la pénombre naissante et se posèrent sur une forme étendue près de la maison… Ma raison avait déjà compris mais mon cœur niait encore en bloc. Cela ne se pouvait ! La déesse Elune ne l’aurait pas permis !


Mes pas devinrent des enjambées, mes enjambées devinrent une course où mes pieds bruissaient dans les brins d’herbe de ma terre. Plus je me rapprochais, plus la forme prenait des contours familiers… ceux de mon père. Les larmes aux yeux, je me jetais à genoux à coté de lui, en proie à une panique que je n’avais jamais connue, dont je n’avais même jamais pu concevoir l’existence dans le monde de paix qui était le mien. Mon père était sur le ventre, je bandais mes muscles pour le retourner et le basculer sur le dos. Je lui hurlais de se réveiller, de me dire quelque chose.

Mais sa poitrine ne se soulevait pas.

Sa poitrine rouge de sang. Sa poitrine d’où émergeait un poignard, écueil écoeurant dans le corps de mon père, tel un dard qui l’aurait percé de part en part. Il tenait dans sa main un Kriss, une dague à la lame recourbée en plusieurs endroits. Il avait tenté de se défendre…


Tremblante, je me remis debout. Mon père était mort. Je priais de tout mon être que ma mère et ma sœur n’aient pas subi le même sort.

J’entrais dans notre maison. Au sol, le mobilier était brisé en morceaux, copeaux, échardes, éclats de verre se mélangeant dans un amas de débris. Plus rien n’était entier, tout avait été saccagé… Je jetais un œil dans la cuisine qui avait subi le même sort. Ne voyant aucune trace de ma mère et de ma sœur, je montais à l’étage, le cœur dans un étau qui manquait me faire défaillir à chaque pas. Dehors, de lourds nuages s’amoncelaient dans le ciel de Kalimdor, laissant les ténèbres envelopper la forêt.


Chaque marche était un supplice, j’avais l’impression de monter vers un échafaud. Etait-ce cela que ressentaient les prisonniers que l’on menait à la potence ? Cette impression de marcher vers un destin inéluctable ? D’affronter un courant qu’on ne maîtrise pas, qui vous renverse et vous projette où bon lui semble ?


Des murmures s’échappaient de mes lèvres… Sans m’en être rendue compte, je psalmodiais des prières à la Grande Déesse, lui implorant d’avoir protégé ma famille.


Je mis un pied sur la dernière marche et m’arrêtait, sur le seuil du premier étage. Ici aussi, tout avait été dévasté, aucun meuble n’était entier, des livres jonchaient le sol, déchirés, saccagés… Remontant le couloir, je m’arrêtais un instant devant la porte de notre chambre, à ma sœur et moi.

Vide. Saccagée elle aussi, mais vide. Lentement, chaque pas me paraissant peser une éternité, j’avançais vers la chambre de mes parents… La porte, à demi refermée, ne me laissait rien voir de l’état de la pièce. Une immonde boule se formait dans ma gorge, mon cœur paraissait vouloir défoncer ma cage thoracique… quand à mon esprit… Il commençait à se perdre.

Je redoutais ce que j’allais trouver. Ma raison l’avait deviné, une fois de plus, mais mon cœur, de toute sa force, de toute son âme, refusait d’admettre l’horrible conclusion.


Les larmes gonflaient mes paupières mais je refusais obstinément de les laisser couler. Pas maintenant. Pas encore.


Arrivée devant la porte, je posais ma main sur le bois. Inspirant autant que ma gorge nouée le permettait, je poussais la porte qui ne m’avait jamais semblée si lourde les quelques milliers de fois précédentes où je l’avais poussée dans ma vie…


Je ne fis pas un pas dans la pièce. Devant moi, dans cette pièce ravagée par le mal, la violence et l’horreur, sur le lit de mes parents, étaient allongées ma mère et ma petite sœur… Côte à côte, comme lorsque ma sœur et moi étions malades et que nous venions nous blottir entre nos parents.

Seulement, cette fois, leurs poignets étaient liés au montant du lit… La tunique déchirée de ma mère ne cachait plus sa nudité… quand à ma sœur… sa tunique avait été purement et simplement remontée sur sa gorge, la laissant allongée, nue, impuissante. Sous leur bassin, des taches de sang témoignaient de l’horreur qu’elles avaient dû subir, de l’inimaginable monstruosité dont elles avaient été les victimes…


Violées… Puis égorgées.
Meurtries au plus profond de leur être. Puis assassinées.

Brisées… et tuées.


Je ne fis pas un pas dans la pièce. Je tombais à genoux sur le seuil de la porte, les yeux figés sur les cadavres de ma famille. Puis je me mis à hurler, un hurlement qui me brisa les cordes vocales, un hurlement qui dû s’entendre jusqu’au plus profond de la nuit. Ne m’arrêtant que pour reprendre mon souffle, je hurlais et je hurlais encore. Je hurlais jusqu’à ce que ma gorge me brûle et même alors, je continuais.

Après des minutes qui me parurent des heures, je me relevais. Je n’eus pas besoin de me sécher les yeux, je n’avais pas pleuré. Le temps des larmes n’était pas encore venu. Serrant les poings, j’entrais dans la chambre de mes parents, j’arrachais les rideaux qui étaient encore accrochés aux fenêtres puis j’en couvris ma mère et ma sœur. Je me forçais à ne pas regarder leur visage, sinon je n’aurais plus pu bouger un seul muscle et je me serais écroulée là, sans rien pouvoir faire d’autre. Je sortis de la pièce, ramassant un drap qui traînait sur le sol de ma chambre puis je ressortis de la maison. Recouvrant mon père, je retins encore mes larmes. Je pris le kriss qui était dans sa main, écartant ses doigts fins et froids…


Et je fis la seule chose que je pouvais faire en un tel moment. Je glissais la dague dans la ceinture de ma tunique, et je fis le tour de ma maison. Digne enfant de la race des Elfes de Nuit, je connaissais la nature, je savais chasser et surtout, je savais reconnaître et suivre une piste. Il ne me fallut pas longtemps pour trouver des empreintes de pas dans la terre meuble. Trop petits pour être des pieds d’elfes, trop grands pour être ceux d’un nain et pas assez profonds pour être ceux d’un orc, il ne pouvait s’agir que des traces d’humains ou de trolls. Je comptais deux traces différentes, au moins. Donc deux hommes, peut-être plus car des traces se chevauchaient.

La piste menait droit dans la forêt. Fille du vent, je courus à toute vitesse le long de cette piste, sans bruit. Et je m’enfonçais dans les ténèbres, ombre parmi les ombres.

Cela me prit plusieurs heures, mais je parvins à suivre la piste, la lueur de la lune me permettait de voir les traces de pas. Les branches cassées des arbustes, les écorces abîmées, la mousse arrachée étaient autant d’indices balisant ma piste. Je n’eus aucun mal à rejoindre ceux qui avaient tué ma famille.


L’aube n’allait pas tarder à poindre lorsque je tombais sur leur campement. Autour du feu de camp, deux hommes. Ils riaient. Lorsque je parvins assez près pour entre leurs paroles, mon sang se figea. Ces pourritures se congratulaient, se délectant des souvenirs de leurs actes immondes, ils se gaussaient de détails immondes sur la manière dont ils avaient tué mon père, violé ma mère et ma sœur avant de leur passer le fil de leur couteau sur la gorge… Ils se targuaient d’avoir fait honneur au nom de la Confrérie Défias…


Lentement, aussi silencieuse qu’une brise, je m’avançais en sortant la dague de ma ceinture. Lorsqu’un des hommes se leva, justifiant un besoin naturel, je m’arrêtai. Il quitta le cercle de lumière du feu pour s’enfoncer dans les ténèbres. Dans un murmure inaudible, je le suivis. Debout face à un arbre, il chantonnait une chanson paillarde… Grande, élancée, j’étais capable de me battre. Mais en terme de force brut, il m’aurait battu. La surprise était donc mon principal atout. Me glissant derrière lui, je me tins debout, comme son ombre dans la nuit, et levai ma dague. D’un geste rapide, je lui poignardais l’entrejambe.


- Pour ma sœur…


Dans un cri rauque, il tomba à genoux, les mains sur sa virilité sectionnée. Ressortais la lame de la dague dans un effroyable bruit spongieux, je replantais le kriss dans son abdomen.


- Pour ma mère…


Finalement, alors qu’il était recroquevillé sur lui-même, des gargouillements pitoyables émanant de lui, je me penchais à son oreille, toujours dans son dos.


- Et pour mon père !


J’amenais la lame de la dague contre sa gorge, et je la fis glisser lentement, centimètre par centimètre, prenant soin de faire durer le supplice tandis que je lui sectionnais les artères, son sang éclaboussant le tronc de l’arbre face à lui.


Au campement, l’autre homme releva la tête lorsqu’il entendit un craquement.

- Ethan ? C’toi raclure ?


Pour seule réponse, je jetais le corps d’Ethan près du feu, prenant soin de rester cachée dans l’ombre.

L’homme se releva en jurant et sortit un couteau de son fourreau. Blottie dans les ténèbres, je tournais autour du campement.


- Effrayé ? lançai-je.

- Que… qui t’es ?!


Ma dague se posa sur ma joue, juste sous l’œil gauche… Elle traça une plaie qui partait de la paupière inférieure jusqu’au dernier tiers de la joue. Le sang coula doucement.


- Je suis le dernier membre de la famille que vous venez de massacrer…


Je continuais de tourner autour du campement, l’empêchant ainsi de savoir où je me trouvais… A son grand désespoir.


- Montre toi ! Viens t’battre !


Je sortis des ombres, dans son dos, tandis qu’il me pensait de l’autre coté. Marchant sans le moindre bruit, je me glissais dans son dos, levais bien haut ma dague que je pris à deux mains et le frappait de toutes mes forces ! Je sentis la dague pénétrer les chairs, cogner contre la colonne vertébrale. L’homme tomba en avant dans un hurlement aigu, je me laissais chuter avec lui et mis tout mon poids sur le manche de la dague. Je sentis un craquement sec tandis que ma dague lui sectionnait la colonne vertébrale et la moelle épinière. Je ressortis la lame d’un coup sec et me relevais… Paralysé, il ne pouvait plus bouger le bas de son corps… Il agrippait le sol de ses mains et tentait de se traîner en gémissant. Je plaquais un genou entre ses omoplates alors qu’avec ma lame, je traçais une nouvelle plaie depuis mon œil droit, jusqu’au bas de la joue, laissant une fois encore le sang couler, telles des larmes vermeil sur ma peau pâle et bleutée.


Je me mis face à l’homme qui rampait misérablement, m’accroupis et lui attrapais les cheveux. Tirant dessus, je le forçais à me regarder droit dans les yeux.


- Regarde… Regarde moi ! Regarde dans les yeux celle dont tu as assassiné la famille ! Regarde moi sale porc !

- Pitié… pitié…

- Pitié ? Comment oses-tu prononcer ce mot ? Ma sœur ne t’a-t-elle pas hurlé « pitié » tandis que toi ou ton comparse la violiez ? Et notre mère ? N’a-t-elle pas supplié que vous leur laissiez la vie sauve, que vous arrêtiez de souiller sa fille ? HEIN ?! Réponds !

- Ne me tuez pas… ne me tuez pas… je vous en prie…


Pour seule réponse, je tirais encore plus haut ses cheveux, l’obligeant à m’exposer sa gorge. Et là, sans hésitation, je tranchais d’un coup sec le cou de l’homme. Je laissais retomber ce qui était maintenant un cadavre… Sans un regard pour les deux cadavres, sans une pensée pour le massacre que je venais de perpétrer, je repris à pas lents le chemin qui me ramènerait chez moi…


J’enterrais les membres de ma famille derrière notre maison, au pied d’un chêne qui semblait pleurer au dessus des tombes, laissant ses branches retomber dans une courbe triste. Et là, une fois ma famille mise en terre, je tombais à genoux devant la terre meuble, et je me mis à pleurer. Les larmes salées brûlèrent mes plaies, le sang se mélangeant aux pleurs, les deux rivières de tristesse et de rage ne faisant plus qu’une.


C’était mon Sh’olan, mon premier pas dans le monde… Je ne serais ni druide, ni guérisseuse… Ma main serra la dague de mon père. Je serais une tueuse… Telle était ma voie, je le savais désormais. J’avais payé le prix du sang pour la découvrir.


Et sous la lune de Kalimdor, sur ces tombes, Kazelina la tueuse, la voleuse, l’assassin, naquit.

Le Guerrier Poète

J'arpente ce monde en peine
Chaque jour, chaque heure, chaque peine.
J'arpente ce monde en guerre
Et de demain, espère voir la lumière.

Mes mots sont ma lame
Les vers mon fourreau
Et pour toucher les âmes
Je transperce les bourreaux
Qui règnent en ce monde.
Baladins, chanteurs et poètes
Sont les guerriers dans la ronde,
Samouraïs d'un monde en perte...

Et si jamais j'étais ce soir vaincu
Nul doute, nulle crainte, nul cri,
Car la lame de mes mots dans la nuit
Serait le katana pour me faire hara-kiri.

Mélodie de nuit

Notes assourdies du carillon nocturne, la pluie joue tendrement de sa partition sur le bitume parisien. Il pleut ce soir, quelqu'un pleure dans la ville... Les larmes glissent, roulent et cascadent sur les murs haussmaniens, la pluie rebondit sur ses joues. L'eau, fuyante, emmène dans ses bras humides la tristesse et la saleté, enlaçant mélancolie et amertume dans un flot salvateur. Il pleut, elle pleure... ou bien l'inverse... elle ne sait pas, elle ne sait plus. A-t-elle jamais su ? Où commence la pluie, où s'arrêtent les larmes ? Même leurs goûts se mélangent, eau douce et eau salée, eau céleste pour eau abandonnée.

Tout s'écoule et tombe... Douce mélopée mélancolique d'un coeur ému, les notes fuient la partition pour tinter sur les touches sombres du clavier architectural de Paris. Les gouttes, s'écrasant sur les murs de l'Opéra Garnier chantent un air qu'on dirait échappé de La flûte enchantée... Tandis que celles qui rebondissent sur les feuilles des arbres du Jardin des Plantes résonnent des rires enfantins de l'après midi. Quand à celles qui embrassent le pont des Arts, elles vibrent des baisers échangés par-dessus la Seine.

Elles coulent, elles ricochent, elles sèment leur mélodie des abords du fleuve jusqu'aux hauteurs de Montmartre. Portées par le vent, soufflées par la nuit, elles se glissent dans les ruelles de la vieille ville, elles sont gouttes gelées pour qui n'y prend pas garde, elles deviennent murmures romantiques pour qui sait écouter. De larmes de pluie, elles se muent en doux chuchotements dans le vent de minuit.

Coeur ému danse ce soir sur les notes égrénées d'une douce main par les larmes de la ville...

Elle danse, sur la pointe des pieds, dans sa robe blanche. Elle pleure, sur la pointe des cils, en caressant le ciel du regard. Ange de la nuit, elle virevolte de rue en rue, elle marche en équilibre sur le Pont-Neuf, danse dans un froissement d'étoffe sur le parvis de Notre-Dame et tourne sur elle-même dans les jupons de la Dame de Fer.

Sous la pluie parisienne coulent les larmes d'une petite fille bien agée. Mais toutes les larmes ne sont pas de tristesse, et les siennes abreuvent la Seine depuis de longues années. Bien des chansons ont résonné dans ces rues, bien des notes ont rebondi sur les murs de Paris.

Mais toujours, toujours cette petite fille, cet ange vêtu de blanc, s'est glissé dans la nuit pour jouer avec la pluie de Paris. Chef d'orchestre d'un choeur onirique, inspiratrice et muse tendrement glissée dans les bras de ceux qui savaient l'écouter, elle a été, est et restera cette petite fée de minuit que seul le regard amoureux peut entr'apercevoir entre deux gouttes de pluie nocturnes...

Ange, fille, fée, âme... de Paris.

Chut...

Chante ce soir pour moi petite fée ;
Rossignol de mes nuits, ivre de lumière
Enlasse de tes notes ce petit coeur envolé
Parti te rejoindre là haut, dans les airs.
Un simple souffle sur mon visage, comme un dernier
Soupir qui s'endort doucement sur ma peau
Caressant sensuellement ce petit coeur envouté
Une dernière fois, avant de laisser tomber le rideau
Las, tu t'endors et sur ton corps rougeoyant et fatigué
Etends la fraiche couverture de cette nuit tant aimée.

Rose

La rose était close
Doux cocon, j'ose
De mes sourires
Caresser ton ire
Enfermée, protégée
Je viens te charmer
T'enlacer, te protéger
Et de jour te faire rêver
Pour qu'au monde enfin
Tu ouvres tes lendemains
Ne crains rien, je suis là
Je te tiens la main, comme ça
Pour te guider sur cette terre
Plaine de pétales de soie
Je t'embrasse, j'ose
La rose est éclose.

Stand by


Ce n'est pas que ce blog était particulièrement actif ces derniers temps, mais il risque de l'être encore moins à partir de maintenant... La raison en est simple, j'ai pris comme résolution pour 2006 d'écrire un roman qui me tient à coeur depuis pas mal de temps :) Je compte donc m'y consacrer au maximum, et délaisser quelque peu ce blog. Il n'est pas dit que je n'y posterai pas de temps en temps des poèmes ou des petits jeux de textes pour me divertir entre deux chapitres...

Merci à ceux qui viennent régulièrement ici en espérant un nouveau texte, je le vois et ça me touche. Navré de ne pouvoir en publier plus à partir de maintenant ! Bonne année à vous et peut-être bonnes relectures ;)
Icy

Ecrire...

Fleuve ravisseur qui effleure mes suaves douceurs
Tempête impétueuse qui torture mes tendres heures
Souffle sacré du silence inspirateur qui me susurre
A l'oreille ces mots sans pareil, à l'odeur si pure
Qui élève mes rêves jusqu'aux vergers vertigineux
D'un monde sans contrefaçon fait de monts merveilleux
Où chaque colline est une véritable île maligne
Sans mensonge sur laquelle je m'allonge, m'aligne
Comme une vérité de verre immuable et vitale
Car c'est ma création, de passion et d'impression
Mes sept jours de sensation et d'imagination
Ma Terre, mon monde, mon oeuvre littérale...

NY Sin - Dernière partie

Je suis assis à la table de mon salon… Là où Kate avait l’habitude de toujours s’asseoir pour travailler ses articles…

Cela fait environ une heure que je suis rentré. Et depuis, j’écris sans relâche, pour que les gens sachent ce qu’il s’est passé… Qu’ils sachent qu’en l’espace d’une nuit, des vies ont été brisées, qu’en l’espace d’une nuit, une innocente a perdu la vie… La folie m’a emmené dans les abysses de la haine, et j’y ai sombré avec délectation. Je regarde la balle en argent que je tiens dans la paume de ma main…

Pourquoi vivre désormais ? Elle seule rendait mes journées heureuses et vivantes, elle seule était la lumière de ma vie… Sans elle, plus de lumière… Sans elle, la partie ne vaut plus la peine d’être jouée…

La vie n’est qu’un simple jeu

Où le destin est votre adversaire

Où les cartes valent bien peu

Quand le casino vous fout en l’air.

As de pique qui perd As de coeur

As de trèfle éliminé par As de carreau

Brelan, carré et full sont à l’honneur !

A la fin, la quinte flush arrive et vous fait la peau !

Le croupier avide rafle la mise

Le joueur réalise que dans la nuit

Désormais, passé, présent et avenir gisent

Sur ce tapis vert, face aux visages sans vie

Larme de cœur, j’ai versé

Haine de pique, j’ai enlacé

Sang de carreau, j’ai fait couler

Mort du trèfle, j’ai savouré

Cœur brisé

Par Pique de colère

Sur le Carreau il est resté

Emmenant le Trèfle six pieds sous terre…

La vie n’est qu’un simple jeu…

Et moi, je ne joue plus…

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Alex reposa le stylo et prit son arme. Comme à peine plus tôt dans la nuit, il y engagea la balle en argent et arma le pistolet. Puis, d’un geste ample, précis, il plaça le pistolet contre sa tempe. A peine le métal froid était-il entré en contact avec la peau que le coup partait, la gâchette pressée sans aucune hésitation… Alex s’affala sans vie sur la table, un filet de sang coulant vers les feuilles remplies de son écriture. Un peu de sang fut absorbé par le bas de la dernière page, là où Alex avait signé, et où une dernière phrase écrite d’une main hâtive, comme pressée d’en finir mettait un point final au drame, à la folie et au désespoir :

Ici se termine mon histoire, sur cette page que vous tenez entre vos mains…

NY Sin - Cinquième Partie

Le temps d’arriver sur le lieu du rendez-vous et une véritable tempête de neige s’attaquait à New York. Je garais ma voiture à quelques rues du lieu où je trouverai mon tueur à gages. Je rentrais ma tête dans mes épaules, tentant vainement de me protéger du souffle glacé qui me frappait de face, comme pour m’empêcher d’aller là où je voulais aller. Hors de question de rebrousser chemin…

J’arrivais à la ruelle indiquée par le Don. Mal éclairée, envahie par des ordures et des clodos… Le lieu typique pour vous faire piquer votre portefeuille… Et aussi pour vous faire égorger, pour peu que vous soyez du genre à vous rebeller contre vos détrousseurs… Au fond de la ruelle, une porte en bois, rongée en certains endroits par l’humidité et le temps…

Je m’avançais dans la ruelle sous les bourrasques de neige qui parvenaient à s’infiltrer entre les deux bâtiments qui faisaient de cette ruelle une gorge inquiétante. Le Don m’avait dit de frapper deux coups sur la porte, d’attendre une seconde et d’ensuite retaper trois fois… Le code de la mafia que reconnaîtrait Bloody Silver. Il viendrait alors m’ouvrir…

Ma main droite se resserra sur le revolver que j’avais dans la poche de mon blouson et mon poing gauche se leva pour frapper à la porte… Mais un mauvais pressentiment m’étreignit, comme une main glacée qui serait venue caresser ma nuque…

J’avais failli faire une erreur, et oublier une règle importante du jeu de cartes préféré de l’américain moyen. Au poker, il est de coutume de savoir bluffer… Et si cette raclure de Don m’avait bluffé ? Si tout ça n’était qu’un foutu piège ?

Un raclement de gorge à ma droite attira mon attention. Un clodo, une outre pleine de vin remuait dans ses cartons, cherchant sûrement la position la plus confortable pour dormir… Je me dirigeais vers lui et le réveillais en le tapotant du bout de ma chaussure. Il me jeta un regard éteint et entrouvrit la bouche, révélant une belle collection de dents pourries jusqu’à la racine. Je me baissais vers lui et lui murmurait à l’oreille :

- Ça te dirait de gagner cinquante billets mon vieux ?



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TOC TOC

TOC TOC TOC

Deux secondes de silence. Et ce fut ensuite un vacarme d’une violence inouïe. La porte en bois éclata comme si un géant l’avait enfoncé du pied, des échardes de bois volèrent dans tous les sens… Des langues de feu apparaissaient parfois entre les morceaux de bois qui traversaient les airs… Puis d’un coup, les armes à feu se turent. Deux hommes apparurent sur le seuil de la porte, costume taillé sur mesure, chaussures cirées… Chacun tenait un pistolet mitrailleur, le genre de trucs capable de vous cracher une centaine de balles en quelques secondes. Derrière eux venait un homme que je ne connaissais que trop bien… Ce foutu Don était là, un sourire vainqueur sur le visage… Il jeta un regard derrière lui, à un homme qui le suivait lentement. Albinos, des cheveux longs, un imperméable de cuir dans lequel il se tenait voûté, des gants de la même matière protégeant des doigts qui s’agitaient dans le vide, comme s’il mourait d’envie d’étrangler quelqu’un : Bloody Silver, sans nul doute…

La voix du Don perça la nuit :

- Je crois que cette petite merde a eu son compte… dit-il en contemplant la silhouette sans vie qui se tenait à deux mètres sur lui, gisant face contre terre, un amas de détritus de bois sur le dos. Il est maintenant parti rejoindre sa bien aimée… Tout s’est déroulé comme prévu mon cher O’Connely…
- N’utilisez pas mon nom, répondit l’albinos d’une voix rocailleuse et posée.
- Allons, allons, vous ne craignez tout de même pas qu’il vous entende ?

Et le Don partit d’un rire gras, à mi chemin entre le hennissement et la quinte de toux d’un asthmatique.

- Votre plan s’est déroulé comme prévu Don Matti. Je pense qu’il est temps que je reçoive l’autre moitié du versement.
- Oh oui, bien évidemment… Ah ces Irlandais, toujours aussi suspicieux ! rajouta-t-il dans une nouvelle quinte de rire. Vous aurez votre argent dans quelques minutes, laissez moi donc apprécier ce moment ! Je l’ai attendu pendant trois longues années. Ce fils de pute m’a trahi, et m’a fait foutre en cabane pendant trois ans… On ne s’attaque pas à Don Matti sans risque…
- Cela ne me regarde pas… Mais pourquoi m’avoir demandé de tuer sa femme ? J’aurais pu simplement l’abattre lui…
- Trop simple, mon cher ami, beaucoup trop simple. Je voulais qu’il ressente cette perte, je voulais qu’il souffre autrement que physiquement avant de mourir. Sentir ce vide en lui, savoir qu’il avait perdu ce qu’il avait de plus cher… Oooooh, O’Connely, vous l’auriez vu dans la voiture hier… Il a fait tout ce que j’avais prévu. Quel abruti, avec sa mine pathétique de paumé… Bien évidemment qu’il allait venir me voir dès qu’il aurait compris que Bloody Silver avait liquidé sa petite femme… Et bien évidemment que j’allais lui donner les informations qu’il voulait… Oh, avec un petit oubli… C’est que c’est MOI et moi seul qui avais ordonné à Bloody Silver de buter sa petite pouffe de femme…

Le Don s’avança dans la neige, bousculant les deux gorilles, et s’approcha du cadavre qu’il roua de coups de pieds :

- Hein connard ? Trois ans, j’ai attendu ce moment ! Trois ans où j’ai attendu pour enfin te voir crever devant moi… Trois ans pendant lesquels j’ai eu le plaisir de penser à cette petite farce… Un joli cadeau pour le jour de ma sortie… Haha ! Alors, l’as de pique a perdu face au roi de trèfle ? Alors, ça fait quoi d’être mort et d’avoir paumé sur toute la ligne ?
- Ça chatouille…

Don eut à peine le temps de se retourner que deux coups de feu éclataient, éclairs lumineux qui strièrent les bourrasques de neige. Une demi seconde plus tard, les deux gorilles s’effondraient, une balle dans la tête de chacun. Le sang se mêla à la neige, teintant des auréoles rougeâtres autour de leur tête…
Le sang… As de carreau… Le carré était bientôt complet…

- Gardez les mains bien en vue tous les deux…

Quel plaisir jouissif de voir le regard terrorisé du Don en me voyant apparaître, visage fantomatique surgissant des ombres de la ruelle. Il jeta un œil vers le cadavre du clochard que j’avais payé pour aller frapper à la porte à ma place…

- Un joli coup de bluff, Matti. J’ai failli me laisser prendre… Dommage pour le vieux clodo. Mais cette diversion m’aura au moins permis d’apprendre la vérité sur tout ça…

Mes yeux ne devaient plus être que deux abysses de haine pure, abysses dont les ténèbres étaient faites de détermination. Je savais ce qu’il me restait à faire… Pas de choix, pas de doute, il n’y avait plus qu’une route à suivre.

- Monsieur O’Connelly… Veuillez-vous mettre à genoux.
- Ecoute, va pas faire une connerie, je…
- Ta gueule…

Je n’avais pas élevé la voix, ne laissant aucune émotion transparaître. Mais le tueur avait compris à mon intonation que rien ne pouvait plus m’arrêter… Je suis persuadé d’avoir lu dans son regard, la compréhension… Le chasseur avait tué sa proie… Mais cette fois, la proie tuerait le chasseur…

- C’est la loi, dit Bloody Silver… Seuls les plus forts survivent…

Je plaquais mon arme contre son front :

- Et nous n’en faisons pas partie…

Mon doigt pressa la gâchette, sans hésitation, sans doute. Le projectile traversa le crâne de l’Irlandais, le traversant de part en part, la flamme expulsée par le canon de mon arme lécha la peau de l’homme quasiment en même temps que la balle, brûlant les chairs. Il s’effondra, sans vie. Il n’avait même pas entendu le coup de feu, la balle l’ayant tué avant.

Le Don poussa un petit cri plaintif… Il tremblait de tous ses membres. Contrairement à Bloody Silver, il ne semblait pas accepter la mort imminente avec détachement.

Je sortis de ma poche les deux balles en argent que Don avait voulu que je trouve, pour pouvoir tomber dans son piège.

- Deux balles Don…

J’expulsais le chargeur de mon arme et retirais toutes les balles… Je glissais à la place la balle en argent. Je remis le chargeur en place et armais le revolver.

- Non, non, non, gémissait le Don.

Je tendis le bras et pointait mon arme sur son cœur.

- C’est là que votre tueur a tiré pour tuer ma femme. Il lui a collé deux balles en plein cœur. Vous, vous n’aurez droit qu’à une balle, toute aussi mortelle. Cette balle en argent qui devait au final m’amener à la mort... C’est d’abord vous qu’elle emmènera.
- Pitié… Je…
- Savez-vous qu’une figure ne peut vaincre un as ? L’as est toujours plus fort que le valet, la dame ou le roi… Mais beaucoup de cartes peuvent vaincre un as… Un dix de trèfle par exemple… Un as, même de cœur, face à un dix n’est rien qu’un simple un, fragile et sans défense…
- Arrête… Je t’en prie…
- Et vous Don, vous n’êtes pas un roi de trèfle… Je vous ai sous-estimé… Là a été mon erreur…
- Au nom du Seigneur…
- As de pique… a vaincu dix de trèfle… et affronte as de trèfle…

La détonation salvatrice fut comme un chant divin pour moi… Le Don eut un court spasme et s’écroula au sol… Le sang s’écoulait abondamment sur la neige, colorant les cristaux, souillant la blancheur immaculée. Je regardais ma main qui tenait encore la seconde balle en argent… Levant la tête, j’admirais la neige tomber… Quel drôle de tableau cela devait représenter, un homme debout et qui regarde le ciel, une arme à la main, quatre cadavres encore chaud à ses pieds, sur un fond blanc teinté de rouge… l’As de pique qui a vengé l’as de cœur en faisant couler l’as de carreau et en abattant l’as de trèfle…

Cela aurait réellement fait un beau tableau…