Good Night Sandra - Chapitre Quatre

Le saxophoniste termina son morceau dans une longue plainte déchirante. Les notes se fichaient dans le tréfond des âmes, telles des poignards porteurs d’un message que seule la personne attentive comprendrait. Bien peu parmi les clients présents ce soir là…

IceBlade était toujours perdu dans les contemplations de son verre. Vide. Un regard, et le verre se remplit de nouveau. Si seulement la vie était aussi facile. Que le verre vide de notre existence se remplisse sur une simple demande silencieuse, une prière à peine perceptible, un vœu à peine formulé. Tout serait tellement plus simple à travers les mondes. Idiote utopie…

L’Archange examine son faible reflet dans le liquide ambré. Ce soir, pour la première fois de son existence, il ne porte aucun masque. Rien ne cache au monde ce qu’il a toujours voulu cacher : la marque sur sa joue. Une larme bleue à jamais gelée dans le cours du temps. A jamais ? Qui sait… ?

L’homme à sa droite le regarde en finissant son verre, son septieme whishy de la soirée. Reposant le verre sur le bar dans un bruit mat, l’homme juge bon de s’adresser à IceBlade :

- Ben mon gars… Ça a pas l’air d’être la super forme.


Les yeux de saphirs se posent sur le bedonnant bonhomme. Son costume cendré a dû être bien repassé, fût une époque, tout comme sa chemise au col graisseux. Mais une époque assez lointaine. Une calvitie naissante donne à son visage un air rondouillard. Il pourrait être le parfait voisin. Sympathique, chaleureux… Le brave type en somme. Mais ses yeux n’ont rien de sympathique ni de chaleureux, rendus vitreux par l’alcool. Des cernes soulignant l’air inquiétant du regard conféraient à ce visage la dernière touche d’un air qui ne mettait pas en confiance.

Les yeux de l’Archange se reposèrent sur son verre.

-Allons mon gars… Encore une nana là-dessous hein ? Toutes les mêmes ! Rien que des belles garces prêtes à tout pour vous sucer votre fric jusqu’à la moelle ! Aucune morale, aucune pitié ! Rien ! Peuh ! Regardez-moi ! J’me tue à la tâche tous les jours que Dieu fait. Et ma femme reste assise tranquillement chez moi, à s’occuper des mouflets de temps en temps, à me faire un ou deux repas acceptables… Aucune gratitude ! C’est moi qui vous l’dis, les femmes sont …


IceBlade regarde le type gesticuler sur son tabouret en continuant un monologue qui ne parvient déjà plus aux oreilles de l’Archange. Ses prunelles fixent celles de l’homme, scrutent au plus profond de son être, de son âme. Il fouille tandis que ce pauvre type argue que les femmes devraient toutes être reconnaissantes à leur mari de leur apporter la sécurité et l’amour. Finalement, IceBlade quitte le regard de l’homme et vide le contenu de son verre. Il se lève, règle les verres qu’il a consommé et se prépare à quitter le bar. S’arrêtant près de l’homme, il lui glisse à l’oreille, comme pour lui confier un secret :

-Ces arguments venant d’un homme qui couche avec sa secrétaire trois par semaine ne me paraissent pas convaincants. De plus, sachez que cette Brigitte ne prend pas son pied avec vous. En fait, vous la dégoutez… Elle se sert de vous pour grimper les échelons de la société. Ni plus, ni moins. La seule femme qui vous ait jamais aimé est celle que vous êtes en train de décrier devant le parfait inconnu que je suis. Il est désormais trop tard… Ce soir, elle a pris vos deux fils et elle est partie. Vous venez de perdre le seul véritable amour que vous ayez jamais eu, pauvre humain. Et pourquoi ? Parce que vous êtes un ivrogne irresponsable et acariâtre. Parce que vous n’avez jamais su voir l’amour qui se trouvait devant vous. Vous avez perdu cet amour. Comme tant de personnes à travers le monde. Seulement vous, vous l’avez perdu parce que vous êtes resté aveugle. Personne n’est venu vous retirer cet amour. Vous l’avez éloigné de vous-même. Pauvre de vous…


IceBlade s’en alla, laissant l’homme hagard qui tentait de comprendre ce qui lui arrivait. Peu importe ce qu’il ferait, rattraper sa femme ou se tirer une balle en pleine tête. Au mieux, il sauverait les meubles. Au pire, ce ne serait qu’une âme de plus du coté démoniaque.

La fraicheur de la nuit new-yorkaise assaillit IceBlade. Il remit son écharpe sur le bas de son visage, et retrouva le sentiment protecteur qui l’avait accompagné si longtemps. Les mains dans les poches, il s’enfonça dans les rues de Manhattan, fermant les yeux face au souffle de la nuit. De nouveau, les souvenirs ressurgirent, comme tapis dans un coin de son esprit et prêts à l’assaillir. Cette nuit, quand il l’avait revu. Cette nuit, où il avait senti son aura si spéciale. Cette nuit qu’il aimerait tant oublier…

1 Response to "Good Night Sandra - Chapitre Quatre"

  1. Audrey says:
    11 juillet, 2005 21:27

    Superbe. Comme tous les autres textes, avec un guest cette fois qui se débrouille très bien, même si c'est un petit timide :)

    J'suis fan ^_^

    Nothing more to say :)