Métro boulot dodo

Un retour du taf, un vendredi soir comme les autres.

Je prends le bus en banlieue parisienne, direction la gare. En chemin, une belle brochette de wesh-wesh stéréotypés. « Hey mââmoizeeeelle, t'es célib' ? Allez, f'pas ta timide ! ».
C'aurait pu être un bon gag si ça n'avait été la réalité.
Le coeur un peu empli de misanthropie, je monte ensuite dans mon RER D, sacro-saint moyen de transport de la déprime, vraisemblablement construit sur le même principe que le train fantôme : plomber le moral des voyageurs afin de mieux leur faire savourer le retour aux Pénates.

Nouveaux exemples de stéréotypes avec les midinettes version wesh. « T'as vu, j'lui ai dit qu'il voulait juste me sauter quoi ! ».
Avouez que vous aussi vous trouvez les amours de mademoiselle follement passionnant. Puis racontées avec un tel lyrisme et un verbiage qui aurait fait rougir Baudelaire et rugir Bernard Pivot, qui dirait non ?

Fort heureusement un agréable fond sonore embellit le trajet. Un morceau de rap quelconque hurlé par le haut-parleur médiocre du dernier portable-MSN-Télé-l'addition-s'il-vous-plait d'un quelconque clampin qui tient à nous faire partager ses goûts musicaux.
Un jour j'achèterai un téléphone-MP3 aussi, juste pour avoir le plaisir de faire jouer une symphonie de Beethoven de façon tonitruante quand Kéké-boy étale les dernières bouses de la Star Ac' 28. P'tet même que j'y ajouterai un SoundBlasterDolbySurround, histoire de profiter à fond des accords magiques du compositeur.
Chatelet les Halles, tout le monde descend. Ou essaye, vu que tout le monde veut rentrer en même temps. La logique et le bon sens semblent être en RTT aux abords des portes de RER.Un soupir, on se faufile et on continue son chemin de croix.

La ligne 14 arrive, le « Meteor », nom poétique qui égaye un peu le métro parisien.
Trois ridicules stations avant d'arriver à Saint-Lazare. Il n'en faut pas plus à deux adultes pour manquer de se foutre sur la tronche parce que l'un a bousculé l'autre. Le civisme à l'état pur. L'intelligence aussi.
Saint-Lazare, terminus du métro. On est au courant, on nous le répète en trois langues différentes. Pourtant, face à moi, je vois courir une jeune femme qui se fend la foule à contre-courant, saumon des temps modernes, pour attraper le métro avant que les portes se referment. Si pressée que personne n'a le temps de la prévenir qu'elle risque un passage par la voie de garage, sans toucher vingt milles francs.

Quelques personnes, dont moi, s'arrêtent pour la regarder courir. Nos regards amusés se croisent. Nous nous sourions les uns aux autres, amusés par l'étourderie pas bien méchante de la demoiselle.

Mademoiselle, merci. Par votre petite gaffe sans conséquence, vous avez fait sourire des usagers à la mine triste et sombre. Vous m'avez fait sourire. Preuve que les gens peuvent encore s'amuser un peu dans les transports parisiens et cesser de faire une gueule de six pieds de long en regardant les leurs.

Mon pas était plus léger lorsque j'allais attraper mon train. Et ma misanthropie un peu diminuée.

1 Response to "Métro boulot dodo"

  1. Gregory says:
    18 février, 2009 21:14

    C'est tellement vrai...Un bon résumé de la souffrance journalière de millions de victi....usagers (c'est comme ça qu'on les appelle au 20h...c'est donc forcément vrai...).

    Mais bon, en attendant de gagner au loto et de pouvoir me payer une superbe chambre de bonne d'au moins 20 m² sur paris...je vais aller attendre mon train...