NY Sin - Troisième partie

La prison fédérale, sombre silhouette dans le soleil levant. J’arrêtais la voiture au parking visiteur. J’avais appellé Jack Corgan pour qu’il me dégotte une autorisation de visite au Don. Il m’avait appris que ce salaud allait être libéré ce matin même, pour un vice de procédure. Il avait passé trois ans en prison mais en ressortait blanc comme neige.

Pourriture de justice américaine.

La grille s’ouvrait dans un grincement sinistre. Le Don, en costume trois pièces, s’avançait d’un pas décidé, conquérant. Court sur pattes, il n’était qu’un amas de graisse avec deux jambes. Je m’étais toujours demandé comment il avait pu inspirer le respect et la crainte à tant d’hommes avec un physique si peu glorieux. Il regarda sa montre, puis la rue. Son taxi semblait être en retard. Une occasion en or, me dis-je.

J’avançais ma voiture et stoppait quelques mètres après la prison. Bingo, le Don pensa que j’étais son taxi. Il s’avançait vers moi, un fin sourire aux lèvres. Il baissa la tête et regarda par la fenetre du passager avant, que j’avais laissé ouverte. Il se retrouva face à face avec un canon de Glock 9mm. Il se figea instantanément.

Intelligent le Don.

- Un geste, un cri, une parole de travers et je vous fiche une balle dans le crâne. Compris Don ?

Sans un mot il ouvrit la portière et s’assit. J’enclenchais la fermeture centralisée et fermais la fenêtre. Je démarrais rapidement et me dirigeais vers l’autoroute. Tenant le volant d’une main et le revolver pointé sur le gros homme de l’autre, je fixais la route. C’est lui qui prit la parole en premier :

- Ainsi tu oses te présenter devant moi, fils.

C’est toujours ainsi qu’il m’avait appellé quand je bossais pour lui.

- Ravi de voir que vous vous souvenez de ma modeste personne, Matti.

- Comment oublier le pourri qui m’a trahi et jeté derrière ces barreaux. Je t’aimais comme un fils, et tu m’as poignardé dans le dos.

- Comment regretter d’avoir balancé une pourriture telle que vous en taule ? J’ai vu trop de gens passer l’arme à gauche à cause de vous pour pouvoir décemment pleurer sur votre sort… Vous m’en excuserez.

Le Don eut un petit rire rauque, à la limite de la quinte de toux. Dans un sourire mauvais, il me dit :

- Et comment va ta très chère Kate mon fils ? Est-elle en forme ?

Mes mains se contractèrent, sur le volant et sur le revolver. Je jetais un regard haineux à ce type assis à coté de moi, qui me regardait goguenard. Il savait.

- Comment ? dis-je dans un souffle.

- Disons que j’ai gardé des relations dans le milieu… Et, car je sais que tu y penses, je suis désolé de te dire que ce n’est pas moi qui ai commandité son assassinat. C’aurait été plutôt mesquin et banal comme vengeance que de tuer ta douce. Oh non, voir ton visage en ce moment, cela vaut toutes les vengeances du monde. Je sais pourquoi tu es venu me voir, fils. Tu sais qui a tué ta p’tite chérie, tu sais qu’il s’agit de Bloody. Et tu veux que je te rencarde sur lui, hein fils ? Te rends-tu compte que je détiens des réponses à tes questions ? Moi, l’un des hommes que te hais du plus profond de ton être ? Amusant, non ?

- Et je suppose que vous ne comptez pas me dire ce que vous savez…

- T’es pas con, fils. C’est ce que j’ai toujours apprécié chez toi. Allez, dépose moi à la prochaine rue, tu ne peux rien faire contre moi. Je suis un homme lavé de tous soupçons maintenant, libre comme l’air. Une vraie jeune vierge.

Plus je le regardais, et plus la tentation de presser la gâchette s’installait dans mon esprit. Lui enlever ce sourire du visage… Mais faisant ça, je perdais toutes les informations qu’il possédait. Je remis mon flingue à ma ceinture. Le sourire s’élargit de nouveau sur le visage du Don. Mais il s’élargit aussi sur le mien… Un sourire franc, enjoué… Un sourire qui ne cadrait pas avec la situation. Ce sourire heureux prenait une dimension horrible… Le Don le remarqua, sentit le malaise le gagner devant cette parodie de gaieté :

- Qu’est ce qui te fait rire, gamin ?

Mon regard se tourna vers lui, les yeux toujours rieurs :

- La vie n’est qu’un jeu, Don. Un putain de jeu de merde… Nous ne sommes que des cartes engagées dans une partie. Mais comme dans tout partie, les cartes s’affrontent… Que ce soit au poker, à la bataille ou à la belote, les cartes s’établissent dans une hiérarchie et sont là pour abattre les autres… Le dix de carreau prend le neuf de cœur, la dame de trèfle prend le dix de carreau… Un full élimine un brelan, un carré élimine le full… Tout n’est que combat. Et à la fin, la quinte flush remporte la mise… A la fin, on crève tous… On m’a pris mon as de cœur, Don.

Mon sourire disparut. Je plaçais mes deux mains sur le volant, le serrant jusqu’à avoir les jointures des doigts blanches. Mes yeux se firent deux trous noirs qui fixaient intensément le Don qui suait abondamment. Je repris d’une voix caverneuse, froide, qui claqua comme un fouet :

- Vous n’êtes qu’une carte vous aussi Don… Le roi de trèfle… Manque de bol, moi je suis l’as de pique…

- T’as perdu la raison, fiston… Laisse moi partir maintenant.
- Non Don… As de pique prend roi de trèfle…

A peine avais-je fini ma phrase que j’écrasais l’accélérateur. L’aiguille du compteur monta comme une flèche et la voiture s’élança sur l’asphalte. Le Don étouffa un juron et s’aggripa au tableau de bord. La voiture prenait encore de la vitesse. Elle déboucha dans une grande artère de la ville, remontant la file de voitures en slalomant.

- Alors Don, vous allez répondre à mes questions avant que nous n’ayons un regrettable accident…

- Pauvre fou… Tu mourrais aussi.

- Allons Don… Vous m’avez habitué à plus de jugeote. La femme que j’aimais a été assassinée cette nuit. Croyez-vous que je tienne réellement à la vie ?

- Tu n’oseras pas !

Pour seule réponse, j’écrasais un peu plus l’accélérateur et grillais un feu rouge dans un tonnerre de klaxonnements furieux. Le Don poussa un hurlement suraigu lorsque la Mustang frola un poids lourd.

- Qui a ordonné l’exécution de ma fiancée ?

- Espece de taré !

Nouveau frôlement de voitures, nouveau tintamarre mélant klaxons et insultes.

- Je sais pas qui a ordonné ça ! Tout ce que je sais c’est que le commanditaire a engagé Bloody Silver.

- Sans dec’ Don ? Dis-moi quelque chose que je ne sache pas déjà.

- Je peux te dire comment rencontrer Bloody Silver.

Je freinais à toute vitesse et me garais sur le bas-coté. Me tournant vers le bout de gras suant par tous les pores de sa peau :

- Accouche Don.

3 Response to "NY Sin - Troisième partie"

  1. johneyalexander35768146 says:
    27 septembre, 2005 01:29

    i thought your blog was cool and i think you may like this cool Website. now just Click Here

  2. Anonyme Says:
    28 septembre, 2005 16:25

    Je pense pas qu'on joue beaucoup à la belote aux états unis... A ta place j'enlèverais la référence pour un peu plus d'authenticité...

  3. Nelly Says:
    09 janvier, 2006 22:56

    J'ai pensé la même chose pour la belotte, peut être le black jack passerait mieux :)

    Allez, la suite !!